13 ans

Il aura fallu 12 jours pour que j’arrive à écrire cet article.

Le 14 février dernier, notre premier petit garçon aurait eu 13 ans.

Anniversaire compliqué du fait que c’était un jour d’école et qu’il a fallu faire les trajets et croiser du monde. Faire comme si de rien n’était, parce que c’est ce que les autres attendent des parents endeuillés.

Anniversaire d’autant plus compliqué qu’alors que j’étais volontairement partie en retard pour ne croiser personne et que malgré tout, je me suis fait harponner parce que j’avais une sale tête…
J’ai revécu ce que nous avons vécu il y a 13 ans. Les comparaisons avec une fausse couche, le fait qu’il fallait passer à autre chose, que j’avais d’autres enfants.

J’ai passé le reste de la journée à avoir des flashs de souvenirs, en particulier celui des gendarmes posant les scellés sur le cercueil a tourné en boucle… Forcément, le terme de fausse-couche m’a heurtée et le cercueil est la preuve que c’était un petit garçon et non un foetus.

Journée difficile donc…

MAIS, ça m’a permis de décider qu’à partir de cette année, je m’autorisai à avoir 1 jour pour mon fils aîné.
Je m’autorise à laisser sortir la tristesse et la douleur de son absence ce jour-là et si ça déplaît à quelqu’un, qu’il aille voir ailleurs et garde ses conseils pour lui.
Personne n’a le droit de me dire comment je dois vivre mon deuil, car à moins d’avoir vécu la même chose, personne ne peut comprendre ce que c’est.
Si j’ai besoin de pleurer cet enfant parti trop vite, j’accepte de laisser mes larmes couler pendant un jour.
J’ai besoin de ce temps pour pouvoir le reste du temps enfouir cette douleur et me consacrer à la vie.

Mon premier garçon aurait eu 13 ans et ce jour là nous avons fêté son anniversaire en préparant avec son plus jeune frère tout un tas de gâteaux.

12 ans

12 ans, c’est l’âge que notre grand garçon aurait.
12 ans, ce serait un ado et il aurait des boutons (dixit Théodore)

Les années passent et l’absence est toujours là…

11 ans

Notre premier fiston aurait eu 11 ans cette année.

Première année où la sérénité est au rendez-vous (sérénité ne veut pas dire pincement au coeur et quelques larmes).
Après le 10e anniversaire qui avait été bien costaud à passer, celui-là a été au final plus doux.

Même la distance a été supportable, alors qu’au début elle ne l’était pas. Notre plantation de l’arbre de Pierre ici, y est sûrement pour beaucoup.
L’équilibre semble avoir été trouvé, tout du moins jusqu’au prochain questionnement d’un membre de la famille.

À propos de Pierre et de la mort, les enfants sont toujours aussi à l’aise pour en parler… un peu trop parfois, ce qui amène à quelques moments de flottement parfois !

Le dernier en date, c’est Théodore qui dispute sa soeur qui passe derrière une voiture (à l’arrêt) en lui disant que c’est dangereux, que si la voiture démarre elle peut être blessée ou mourir et qu’elle n’a pas le droit de mourir parce que maman a dit qu’il n’y avait pas de place pour elle au cimetière…
J’ai dû expliquer à la personne qui les regardait un peu bizarrement quand même, que je leur avais dit qu’ils mourraient adultes et seraient enterrés avec leur femme ou leur mari et non avec Pierre, puisqu’il n’y avait que 3 places, donc plus qu’une place pour leur papa et moi (techniquement, en vrai, on pourrait rajouter quelqu’un ou passer par l’incinération, mais si on pouvait éviter d’enterrer un autre de nos enfants, ce serait aussi bien)…

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L’arbre de Pierre

Quitter Valsonne, c’est quitter le village où est enterré Pierre.
Ça nous a posé beaucoup de questions, Théodore ne voulait pas qu’on abandonne son frère et nous avons envisagé les différentes solutions possibles pour l’emmener avec nous.
Comme nous ne voulions pas l’embêter, nous avons renoncé à le déplacer… mais nous voulions quand même qu’il soit un peu avec nous.

Nous avons donc décidé de planter un arbre pour lui dans notre nouveau chez nous.
Samedi dernier, nous sommes passés au cimetière et avons pris un peu de terre de la tombe de Pierre.

Aujourd’hui, jour des défunts, nous avons planté un arbre pour lui : un noisetier pour un petit écureuil.

Les grands ont écrit un mot à leur frère et l’ont déposé au fond du trou, puis, ils l’ont recouvert de la terre du cimetière et ensuite nous avons planté le noisetier.

Nous avons maintenant un endroit où être proche de notre petit garçon, malgré la distance.

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Des nouvelles

Depuis le dernier bulletin d’information, plein de choses se sont passées.

Théodore est allé en vacances chez sa marraine et a pu voir la Tour Eiffel et nous nous avons fait un séjour à Paris pendant ce temps, rencontré plein de personnes, pris les transports en commun parisiens…
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Le 2 mai, comme nous étions sur place ou presque, nous avons pu participer à l’opération « Une fleur, une vie ».
Clémence était très fière d’écrire le prénom de son frère !

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De retour chez nous, l’apiculteur de la maison a été appelé pour aller récupérer un essaim

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Nous avons trouvé une nouvelle utilisation aux perles Hama… les toupies (il suffit de passer un cure-dent dans le rond central. Il faut le faire quand c’est encore chaud, histoire de bien pouvoir perforer en cas de besoin)

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Les filles ont commencé à travailler… et nous avons eu de l’aide pour les visites

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Théodore continue la lecture des Harry Potter…

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Félix dans le même week-end a sorti une dent, maîtrisé le 4 pattes et la position debout…

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Clémence commence à lire (ça nous rappelle quelqu’un…)

Agathe commence à parler (même s’il manque toujours quelques syllabes !)

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Et mon doigt a bien cicatrisé… reste plus qu’à ce que l’ongle repousse, et là, il va y en avoir pour un bon moment…

 

 

10 ans

Il y a 10 ans, j’étais la plus heureuse des futures mamans
Il y a 10 ans, on attendait avec impatience la naissance de notre petit bout d’amour…
Il y a 10 ans, je profitais de chaque petit coup de pied en me disant que bientôt ce serait fini et qu’une nouvelle vie allait commencer…
Il y a 10 ans, nous étions heureux

***

Cette nuit, ça fera 10 ans que nous sommes partis, confiants, à la maternité, en nous disant que nous reviendrions à 3
Cette nuit, ça fera 10 ans que le pire s’est produit, que notre monde s’est écroulé, que la descente aux enfers a commencé, avec l’envie de mourir pour arrêter de souffrir…
Cette nuit où j’ai découvert jusqu’où on pouvait souffrir, physiquement et moralement… La douleur immense qui fait qu’on ne la sent même plus tellement elle est forte…
Cette nuit où j’ai découvert le pire du personnel médical, mais aussi le meilleur…
Traversée de la nuit en redoutant qu’elle finisse, mais en espérant aussi que la fin soit proche…
Peur de la suite, mais envie pressante d’y arriver, mélange de peur, tristesse et désespoir, avec malgré tout, tout au fond, une petite lueur d’impatience pour cette rencontre qui allait avoir lieu… et malgré tout, un petit espoir que tout le monde se soit trompé, que ce ne soit pas vrai, qu’un miracle puisse avoir lieu…

***

Demain, ça fera 10 ans que nous avons rencontré notre fils, premier d’une « longue » lignée.
10 ans que nous avons pu le couvrir de bisous et devenir une « famille », même si ça a duré si peu de temps
10 ans que nous avons découvert le désespoir absolu d’avoir touché du doigt le bonheur…
De ces quelques heures passées ensemble, nous gardons des souvenirs, des peurs qui s’envolent, la gentillesse des soignants, le baptême de notre petit bout avec son parrain et sa marraine « bis », que nous n’avons pas choisis, mais qui ont été là pour nous (comme les « officiels »), ces moments d’amour, tous les trois
Mais aussi le déchirement de devoir le laisser, même s’il était temps…

Et la suite, l’absence bien présente, les réveils la nuit en croyant l’entendre, les bras qui se positionnent inconsciemment et qui bercent du vide, ces mois à se replier sur soi et à essayer de se reconstruire, malgré tout…

Et puis la première année qui se passe, preuve que l’on peut survivre au pire, les sourires qui reviennent, la vie qui nous semblent à nouveau moins noire, juste grise… puis colorée, doucement, avec des retours en arrière…

Et la vie qui reprend ses droits, les petits frères et sœurs qui sont arrivés et ont rempli nos vies, ces tout petits qui ressemblent tant à ce grand frère, mais qui vivent leurs vies.
Aujourd’hui nous avons 5 enfants, dont un absent, si présent dans nos cœurs, 5 merveilles qui chacun ont leur place dans nos vies… 4 petits, qui ont un clin d’œil à leur frère dans leurs prénoms.

Demain, cela fera 10 ans… que de chemin parcouru… Une nouvelle page se tourne…
Notre vie, n’est pas celle dont nous avions rêvé, mais c’est la notre et malgré le pire, nous sommes aujourd’hui heureux.
Il y a toujours des moments difficiles où l’on se dit « et si ? » « Et si il était là, il aurait 10 ans, il serait en CM1, surement, il ferait ses conscrits cette année, il nous ferait enrager avec sa préadolescence, il se bagarrerait avec les 4 autres, etc. », mais dans l’ensemble, aujourd’hui, nous allons bien et sommes plus sereins…

 

La connerie humaine en action…

Énervement du jour et envie irrésistible d’en retourner une à la personne en face…

Passage de la bonne femme de l’état civil pour la déclaration de naissance.

Elle me demande confirmation que Félix est bien mon quatrième (C’est pas comme si j’avais ouvert la page sur 5e et que « 4e enfant » était pris par Agathe.)

Je lui réponds donc, non le cinquième.

Elle tourne les pages, arrive à la page Premier enfant avec l’acte d’enfant né sans vie de Pierre et me sort « ah, parce qu’il compte celui-là ? »

Mais comment j’arrive à rester zen face à tant de conneries ? On va dire que je suis encore shootée aux hormones et que ça aide à passer au-dessus de la bêtise humaine… mais purée, des fois, on a juste envie de hurler un bon coup et de faire mal physiquement aux gens pour compenser la douleur morale qu’ils viennent de nous infliger.

Donc oui, Félix est bien notre cinquième enfant et qu’on ne vienne pas me redemander si Pierre compte vraiment. D’accord, il n’est pas avec nous au quotidien, mais il fait partie de nos vies et en a partagé un bout avec nous.
Et même si ça agace certains, je continuerai à le faire vivre en parlant de lui et en le citant comme étant notre fils aîné, ce qu’il est par ailleurs, alors pourquoi l’oublier ? Et tant pis pour ceux que ça gêne, la mort fait partie de la vie et notre fils appartient à notre famille, à jamais.

14 février

Aujourd’hui, Pierre aurait du avoir 9 ans.
9 ans, ça nous paraît tellement grand… tellement loin… et pourtant c’était hier ou presque.

Son anniversaire est l’occasion de ressortir l’album photo pour que son frère et sa soeur puissent le voir… ils ont d’ailleurs du mal à reconnaître leur papa avec les cheveux courts et sans barbe !
Théodore en a profité pour me dire qu’il voulait une photo de son frère dans sa chambre pour mettre avec celle de papy Jean, et qu’il voulait aussi une photo de grand-papy Modeste (Les trois personnes dont il porte les prénoms)

Une vidéo qui résume parfaitement notre vie, même si au quotidien tout va « bien »…